Historique

Arrivée en Suisse et difficultés d’adaptation

Tout a commencé en 2002, lorsque j’ai quitté mon pays d’origine la République Démocratique du Congo, pour venir demander la protection de la Suisse contre les persécutions dont je fus victime dans mon pays. Le 18 juillet 2002, je suis entré en Suisse et y ai demandé l’asile.

Après avoir demandé l’asile au Centre d’enregistrement et de procédure de Vallorbe, je suis transféré au Centre de Chiasso deux jours après pour le reste de la procédure d’enregistrement. J’y suis resté deux semaines environs avant d’être transféré au canton de Zürich pour y séjourner.

A Zürich, là où j’habiterai durant la suite de ma procédure d’asile, on ne parle que l'allemand, une langue jamais entendue dans ma vie. Tout est nouveau pour moi : les modes de vies, la culture, le rythme de la vie, la langue, etc. Non seulement que je devais chercher à m’adapter à cette nouvelle vie, mais aussi je devais me soucier de mon sort, de ma protection en tant que réfugié en Suisse, surtout quand on sait que c’est seulement plus ou moins 10 % des personnes qui demandent l’asile en Suisse sont reconnus comme réfugiés et ont droit de rester et plus ou moins 90 % sont refusés et renvoyés.

Une procédure d’asile difficile

Un mois après mon arrivée à Zürich, soit une semaine après avoir passé mon audition sur les motifs de ma demande d’asile, l’autorité de première instance, l’Office fédéral de réfugiés (ODR), actuellement Office fédéral des Migrations (ODM) n’est pas entré en matière sur ma demande d’asile (NEM). Par cette décision, je dois quitter immédiatement la Suisse au risque de m’exposer à des moyens de contrainte, qui sont le refoulement, le rapatriement ou l’expulsion. Comme voie de droit, je pouvais interjeter un recours auprès de l’autorité de deuxième instance, l’ancienne Commission suisse de recours en matière d’asile (CRA), remplacée par le Tribunal administratif fédéral (TAF), sans que ce recours ait des effets suspensifs. Cela veut dire que même si le recours est interjeté, la décision de renvoi reste en force. Pour restituer l’effet suspensif au recours, je n’avais que 24 heures pour interjeter une demande de restitution de l’effet suspensif. Donc, la suite de mon aventure en Suisse ne dépendait que de cette demande qui doit être introduite dans les 24 heures auprès des autorités suisses.

Une demande de restitution de l’effet suspensif dans le cas d’une décision NEM et un recours administratif demandent les services d’un avocat ou d’un conseiller juridique bien spécialisé dans le domaine. A Zürich comme partout en Suisse, il existe les services gratuits de consultations juridiques pour les étrangers. Malheureusement, mon dossier n’a pas été accepté par ces services qui estimaient les chances de succès très faibles parce que j’avais demandé mon l’asile en Suisse sans le moindre document d’identités. Les services d’un avocat spécialisé pour un travail si urgent demandent de l’argent, et pas moins de 1'000 francs suisses. Je n'avais pas de moyens financiers. Je n’avais pas aussi des proches connaissances ni les membres de famille en Suisse qui pouvaient m’aider dans ces démarches ou me payer cette somme. La langue allemande me semblait d’abord très difficile pour pouvoir faire face à cette situation dans un pays étranger où on n’a pas de familles. Je recevais 14 francs suisses par semaine comme argent de poche, j’étais logé et nourri dans un centre de logement collectif dominé par les anglophones.

Ainsi, je n'avais pas de choix que de m'occuper moi-même de mon dossier. J’ai eu l’idée de consulter le site Internet de l'ODR et de la CRA à l’époque, et je me suis permis le même jour d'apprendre à rédiger un recours administratif pour mon cas, en me basant sur les textes juridiques tels qu'exposés dans ces sites. Cette lecture m’a permis de rédiger le même jour par la main une demande de restitution de l’effet suspensif à la CRA. Bien que je sois dans un canton alémanique, les recours peuvent être interjetés en français, ma deuxième langue maternelle, qui est aussi parmi les langues officielles de la Confédération suisse. C’est ce qui a fait que mon recours soit introduit en français. La demande expédiée, j’ai eu la réponse dans moins de 5 jours, m'autorisant à rester provisoirement en Suisse en attendant l'examen de ma demande. Après une semaine, j’ai de nouveau écrit, en exposant encore les motifs de ma demande d’asile. Deux semaines après, j’ai eu la réponse de la CRA qui m’a autorisé cette fois-ci à rester en Suisse pendant tout l’examen de mon recours et a restitué l’effet suspensif au recours.

En 2006, compte tenu du bien fondé de recours, l’autorité de première instance reprend mon dossier. En 2008, après une procédure longue et difficile, l'ODM a enfin reconnu ma qualité de réfugié et j’ai donc obtenu le statut des réfugiés selon la Convention de Genève du 28 juillet 1951.

Un départ décisif

Cette première réussite m’a permis de m’intéresser encore plus à la loi sur l'asile et à la procédure administrative suisse. J’ai commencé à consacrer mon temps par des recherches personnelles sur Internet, par des ouvrages, par des questions à des spécialistes afin de suivre mon dossier de recours. La réponse de la CRA me restituant l’effet suspensif sans l’aide d’un avocat a étonné les assistants sociaux, les services d'assistance juridique basés à Zürich, les autres étrangers, etc.

C'est à partir de là que je me suis mis à aider de manière bénévole les autres collègues francophones qui n’arrivaient pas à interjeter les recours contre les décisions de première instance concernant leurs demandes d’asile. Plusieurs cas arrivaient à de bons résultats et les gens me faisaient de plus en plus confiance dans ce domaine. Plusieurs personnes ont eu grâce à mes services, des permis pour admissions provisoires, d'autres ont vu l'exécution de leur renvoi suspendue, d'autres sont parvenus même à avoir une autorisation de séjour. Pour me perfectionner davantage, je me suis intéressé dans ce domaine d'asile, en faisant des recherches sur les lois, les ordonnances, les directives, les jurisprudences, les décisions de principe, toutes les nouveautés en la matière, etc. A Zürich, mon nom est connu des milieux africains et surtout congolais et angolais suite à mon travail et aux services que je rends aux africains francophones en difficultés.

Cela m’a permis de fréquenter plusieurs milieux africains en Suisse et de comprendre la problématique liée à la migration, à l'intégration et au social des africains vivant en Suisse et en Europe comme moi. C'est ainsi que non seulement je m'intéresserai aux questions juridiques pour les étrangers, mais aussi aux questions sociales et aux questions d’intégration. La langue maternelle le lingala et le français me permettent de bien communiquer avec ces personnes et trouver ensemble des solutions à des problèmes qui se posent.

Des ouvertures

Je me suis mis à m’informer et à apprendre auprès des organisations de défense des réfugiés comme l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), auprès des spécialistes comme Madame Afra Weidmann, auprès des bureaux de consultations juridiques de Zürich comme le VBZ, le Freizaktplaktation, la Croix Rouge, etc.

En 2006, je me suis fait membre de l’Amnistie internationale et je suis actif dans le réseau « Asile et Migration » depuis 2008. A la même année, je me suis fais membre de l’Observatoire suisse du droit d’asile et des étrangers, ODAE. A travers les conférences-débats, les journées de formations et les activités de ces organisations, j’apprends encore beaucoup dans les domaines de l’asile et de la migration.

Au cours de la même année, j’ai été reconnue comme réfugié. Avec ce titre de séjour, je peux exercer des activités dans tous les domaines, ce qui n'était pas le cas avant. C'est ainsi que j’ai pu légaliser mon travail de conseiller juridique et social pour les africains francophones de la Suisse, par la création tout d'abord d'une entreprise individuelle.

Mes clients n'ont pas beaucoup de moyens et ils ont besoin de services importants non seulement pour leurs problèmes juridiques mais aussi sociaux, d’intégration et de droits de l’homme. Les étrangers viennent en Suisse pour différents motifs : regroupement familial, études, travail, asile, migration, etc. L'Afrique est l'une des grandes origines. Certains d’entre eux sont ceux qui ne parlent que français et/ou leurs langues maternelles respectives. Dans un canton où on ne parle que l'allemand, ils ont du mal à s'informer et à trouver des solutions à leurs différents problèmes, malgré la présence des services sociaux compétents. C'est dans cette perspective que j’ai créé une organisation sans but lucratif pour aider les africains francophones de la Suisse dans leurs différents problèmes administratif et social, dans leur intégration en Suisse ou réintégration dans leurs pays respectifs, dans une vision basée sur les droits de la personne humaine.

Des perfectionnements et des formations

Je suis personnellement économiste de formation. Pour me perfectionner dans le cadre de cette nouvelle orientation, je me suis inscrit depuis début 2009 au Collège Universitaire Henry Dunant (CUHD) à Genève pour la formation de spécialiste en droits de l’homme, option droits économiques, sociaux et culturels. Depuis septembre de la même année, je suis la formation en Management des projets sociaux et culturels à l’Ecole de Management et de Communication (ESM) à Genève.

HISTORIQUE

BUCOFRAS signifie „Bureau de Conseil pour les Africains francophones de la Suisse“. Il est le fruit des moments difficiles et des expériences personnelles que j’ai passés en Suisse sur le plan administratif, juridique, social et même d’intégratio